Nos îles numériques

entre connexion et déconnexion


Ecrire avec l’algorithme

dimanche 15 novembre 2020, par JS

Il y a plusieurs façons de voir ce que le numérique fait à l’écriture.

Si le moteur de recherche ouvre des perspectives de documentation à l’écrivain, on ne trouve pas tout en ligne. Ce qu’on ne trouve pas directement, on peut le trouver indirectement car la connexion offre des perspectives de rencontres tout aussi étonnantes. Cela peut accélérer le processus d’écrire, mais pas le changer fondamentalement.

Ecrire avec le numérique c’est peut-être aussi utiliser des outils comme incitations au texte. Se promener dans Google Street View est un outil pour écrire la ville, c’est une documentation un peu particulière, foisonnante, qui confine à l’oeuvre d’art involontaire tant certaines photographies prises par la google car sont "inutiles".

C’est aussi profiter de la publication facile, du partage, de la publication de son ou de vidéo, c’est le processus d’échanges, par forum, commentaires, réseaux sociaux... Sur la publication facile, elle est immédiatement liée au temps, avec la régularité, le texte devient forcément journal.
Journaux de :

Sur le texte lui-même, faire bouger des mots, écrire avec le numérique, c’est transformer une phrase, un paragraphe, utiliser le sens du texte dans l’animation et l’animation dans le sens du texte, pour ouvrir des voies possibles à la poésie.

Programmer le texte, le générer, déployer les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, c’est faisable en direct, ou au hasard, plus vite, plus accessible, mais voilà, Queneau l’avait déjà fait.

Donc, programmer l’écriture du texte, ce n’est pas nouveau, à partir d’une base prédéfinies de morceaux de texte exactement comme Queneau, c’est l’idée du générateur. On peut pousser un peu cette idée et choisir ou adapter les textes en temps réel selon la météo ou quels avions passent dans le ciel à tel endroit, ce que j’ai fait dans Orly. La version idéale de ce programme, c’est que les textes ne soient pas préparés mais créés par un réseau de neurones.

Un réseau de neurones c’est une machine à qui l’on a donné un corpus de textes (livres, articles...) et qui sait ensuite reconnaître ce qu’est une phrase. Non pas grammaticalement avec une série de règles, mais statistiquement, à partir de ce qui existe le programme classe et indexe des groupes de mots, des mots, des mots proches, qui vont ensemble plus ou moins, et finit par savoir déterminer le contexte, et même produire un texte "comme", qui contient le même "sens". On ne peut pas dire qu’il "comprend" ce qu’il écrit, mais le résultat statistique est le même, il produit un texte qui parle à 98,9% de ce dont parle le texte saisi, du temps qu’il fait par exemple. Voir la démonstration de Talk to transformer par Adam King.

Dans ce texte, publié chez Remue.net je me suis amusé à utiliser des phrases générées avec ce programme (tout est en anglais), puis à les traduire, réécrire le moins possible, pour produire un texte que finalement je n’ai pas vraiment écrit. Je donne à la suite du texte d’autres références de livres écrits de cette manière, et quelques explications sur le fonctionnement des réseaux de neurones, leurs limitations, les enjeux éthiques. On pourra aller lire aussi janE Ǝyre.

Ci-dessous, portrait d’une personne qui n’existe pas généré par StyleGan2.

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